Promenade historique  à travers le couvent st François de Vico.

C’est en 1481 que le Seigneur Giovan Paolo de Leca obtient du Pape Sixte IV un bref lui permettant « d’élever un couvent à l’emplacement qu’il jugera bon ». Après consultation de moult experts tant religieux que laïcs le lieu-dit Paratella est choisi 500 mètres à l’est de Nesa et séparé de vico par l’affluent du Liamone appelé « Bocadelle » ;  les sages l’estiment à 325 écus dont 200 semblent  être la part payée par Giovan Paolo de Leca.

Tant qu’il a été un seigneur puissant celui-ci a protégé le couvent qu’il a contribué à fonder. On lui attribue notamment le don du grand Christ en bois polychrome appelé « u Francicone » encore vénéré aujourd’hui.  Quand dès 1486 ses relations avec Gênes se  détériorent le couvent est contraint de chercher sa survie dans le jardinage, l’arboriculture et l’élevage.

A l’origine le couvent construit en appui sur une petite chapelle dédiée à St Antoine n’est constitué que de petits bâtiments identiques à ceux des habitants les plus humbles de la région et près de 2 siècles plus tard en 1671, un chroniqueur de la province franciscaine de Corse écrit que « les cellules sont basses et exigües, leur sol est en terre battue,… de vrais miroirs de pauvreté ! »

Lors de la visite apostolique de Mgr Mascardi en 1589, plusieurs dysfonctionnements sont relevés mettant en cause la tenue de l’église conventuelle mais aussi l’attitude de la communauté peu rigoureuse dans le respect de la règle et des obligations apostoliques  mais force est de constater que cette communauté est largement plus rigoureuse que le clergé séculier (le curé de la procathédrale sainte Marie de Vico vit en concubinage notoire à proximité de l’église !)

Tout ceci a failli provoquer le remplacement des Franciscains observants par les Réformés qui ont marqué le renouveau de l’ordre.

La réaction déterminée des populations de Vico et de la région qui se sont mobilisées pour défendre la communauté du couvent en s’adressant à Rome, ont sans doute permis de  provoquer son épanouissement ; en effet au cours du 17ème siècle sera construite une aile de bâtiment appuyée perpendiculairement à l’église. L’ancien couvent est détruit en 1627 et la reconstruction commence, elle sera achevée en 1710 ainsi que l’église conventuelle qui s’enrichit d’une voûte au-dessus du chœur, d’un clocheton garni de 2 cloches actionnables de l’intérieur, d’une sacristie avec accès à une tribune d’orgue de choeur et de deux chapelles latérales. Tous ces travaux réalisés au fur et à mesure des disponibilités financières se sont déroulés sans interrompre le service liturgique. Au cours du      18ème est réalisée la partie perpendiculaire à l’aile du 17ème siècle, le tout formant un « U », Enfin des aménagements interviennent aux 19ème et 20ème siècles :

Le « Calvaire » 1878/79 est un autel avec retable qui servait aux  grands rassemblements  de fidèles quand l’église était trop petite.

Sont représentés le  Christ entouré de la Vierge et de St Jean. Le plan est conçu par un Père oblat de l’époque et exécution par le frère d’un autre Père.

Le Clocher porche construit en 1889 est surmonté d’une statue de la Vierge offerte par l’évêque de Nice qui était un oblat, Mgr Balaïn.

La salle « Albini » construite dans les années 1990 permet les rassemblements de catéchèse ou de manifestations culturelles (conférences, formation, musique) ; positionnée perpendiculairement aux remises créées pour les activités agricoles et qui servent désormais de garages pour véhicules, elle permet de fermer la cour intérieure.

Quand on pénètre dans l’église, on peut découvrir une statue de St Antoine du 17ème siècle, seule statue ancienne qui nous soit parvenue. On la doit à la dévotion ancienne des Corses à St Antoine encouragée par les Franciscains ; sans doute grâce à Fra Giovanni Parente, corse, qui a assisté à la canonisation de  St Antoine en 1230.

 A droite on remarque  les tombeaux et « Arca ». La famille Casanelli d’Istria, bienfaiteurs depuis 1835, a enterré plusieurs de ses membres  dans l’église alors que, sous l’église, il y a l’ « arca » qui est la fosse où on déposait les morts autrefois ; elle servait pour les populations du Vicolais, Nesa, Arbori, Létia, Renno, Appricciani, Evisa. A l’époque moderne, a été  créé le tombeau du Père Albini, apôtre de la Corse mort en 1839 et déclaré vénérable en 1968. Il repose dans la chapelle dédiée à Mgr de Mazenod, fondateur des OMI, canonisé par saint Jean-Paul II.

Puis on s’incline devant le « Francescone », grand Christ en bois polychrome de la fin du 15ème siècle. Il est l’un des plus grands de Corse ! 1m85x1m85  la finesse des détails est remarquable. Il  était porté en procession surtout pour faire venir la pluie par temps de grande sécheresse.

Dans le chœur, le tabernacle 1698 est en marqueterie de marbre. Les 4 évangélistes sont représentés dans les niches, surmontés de coquilles : Jean (l’aigle) ; Marc (le lion) ; Mathieu (l’ange) et Luc (le taureau).

Derrière le chœur, on trouve les stalles (fin 17ème siècle) en bois de châtaignier. On compte 20 places dont 10 avec accoudoirs et 10 sur simple banc, elles servaient comme lieu de prière.

Derrière le chœur on passe dans la sacristie, où l’on découvre un Chasublier datant de 1664. Réalisé sur place par un franciscain ébéniste venu de Corte, appelé Paolo Bonagiunta il est conçu pour les ornements sacerdotaux et les objets de culte nécessaires pour 7 prêtres ; dans l’écu les armes des Franciscains.

Le Prie-Dieu datant aussi du 17ème siècle, est destiné aux prêtres se préparant à dire la messe ; sous l’icône, récente, des prières anciennes sont conservées.

La fontaine de sacristie, 17ème/18ème siècle, en marbre blanc (partie centrale en marbre de Carrare ajoutée) servait à se laver les mains avant de célébrer la messe.

En sortant de la sacristie et de l’arrière chœur, on emprunte la galerie rez de chaussée construite au 17ème siècle puis celle du 18ème jusqu’à la pièce de réception richement décorée. Cette pièce aurait été aménagée par Mgr Casanelli d’Istria dans la première moitié du 19ème siècle pour son séjour annuel au couvent au mois d’août ; son portrait se trouvait à l’origine  dans sa chambre mitoyenne de la salle de réception ; on peut y découvrir quelques fragments de décors muraux de même facture.

Si on emprunte le grand escalier on peut atteindre la Cellule du Père Albini transformée en chapelle privée des pères oblats. C’est en effet dans cette pièce qu’il est mort en odeur de sainteté à l’âge de 49 ans ; il était épuisé par une vie d’activité missionnaire, il n’a pas pu résister à une  maladie quasiment disparue aujourd’hui, le typhus.

A cet étage il faut visiter la Bibliothèque qui conserve encore de nombreux ouvrages dont certains présentent un réel intérêt historique, artitique et spirituel. Au 18ème siècle le couvent devient centre de formation et il compte plusieurs centaines de livres de toutes sortes droit canon, droit civil, théologie… et même des incunables (livres écrits à la main avant l’invention de l’imprimerie) qui ont enrichi la bibliothèque Fesch à Ajaccio.

Le couvent a été réquisitionné par l’Etat comme bien national pendant la Révolution mais grâce au concours de la population les moines franciscains sont restés jusqu’au dernier en 1826 ; ils louaient leur ancien couvent ! Puis l’Etat l’a remis en vente ; Mgr Casanelli de Vico évêque d’Ajaccio l’a acheté pour accueillir les oblats en 1835; en 1905 après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, ceux-ci ont dû quitter le couvent pendant 30 ans puis s’y sont réinstallés sans interruption jusqu’à nos jours !