LA PRESENCE DE RELIGIEUX A VICO

Première Partie : Les Frères Mineurs de l’Observance

A la fin du XVe siècle, la vicairie franciscaine de Corse, relevant directement du Ministre Général de l’Ordre des Frères Mineurs, comptait 17 « lieux » de vie franciscaine et 163 frères mineurs de l’Observance. Fra Giovanni Parente, Ministre Général de l’Ordre de 1237 à 1250, aurait participé, selon la tradition, à l’établissement d’une dizaine de fraternités, parmi lesquelles celle de la Selva, située « à la 4e borne,  en quittant le port qui a nom Girolata », première des fondations franciscaines dans le diocèse de Sagone.

I - Le couvent Saint François de Vico. Origines

Fondé en 1481, il constitua la 16e  implantation franciscaine dans l’île. Le pape Sixte IV  avait en effet  répondu favorablement à la supplique du seigneur Giovan Paolo da Leca et des populations de sa seigneurie  souhaitant ériger un couvent à Vico. Le lieu-dit Paratella, situé à  500 m à l’est du hameau de Nesa, sur un mamelon culminant à 410 m d’altitude, fut jugé le plus approprié par les parties consultées : le seigneur, les représentants des communautés de la piève de Vico, Fra Guglielmo Bolano de Speloncato, à la tête de la vicairie franciscaine de Corse ainsi que quatre frères, venus vraisemblablement du couvent de la Selva estimer les qualités du lieu. 

 Le 21 juin 1481,   Gratianus, notaire à Vico, se rendit sur place pour la signature officielle de l’acte de donation des terres   expertisées et évaluées par sept sages de la province de Vico à 325 écus. En conséquence, «  le lieu-dit   Paratella  fut donné au bienheureux saint François et aux vénérables frères pour y ériger un couvent… »

A l’acquisition de terres, s’ajouta la donation «  par  la volonté expresse et avec le plein consentement des habitants de Nesa »  des eaux de la fontaine «  A le vie force »  pour les besoins propres  des religieux et l’arrosage de leur jardin. L’acte précisait encore :   « Que nul quel que soit son grade, son état, sa condition, ne s’arroge le droit de couper des arbres, quelle que soit l’essence, sans la permission expresse des frères présents et futurs, propriétaires de ces biens ».

I – 1  Giovan Paolo da Leca : fondateur-protecteur à haut risque

On a souvent écrit que Giovan Paolo  dota personnellement les frères du couvent de terres estimées à 200 écus. Cela n’apparait pas dans l’acte de 1481. Il se peut que ces 200 écus aient constitué la contribution personnelle du seigneur sur les 325 écus  réglés pour l’achat des terres.

Lors de la fondation, Giovan Paolo était au comble de sa gloire. C’était un homme riche, puissant, influent, comblé. Son capital était évalué à plus de 100 000 livres ; son cheptel atteignait 3 000 têtes ; ses revenus annuels dépassaient  3 000 livres. Il possédait le château de Cinarca dominant le golfe du même nom, le château éponyme de Leca dit aussi « u Castaldu », proche d’Arbori et situé à une dizaine de kilomètres de Paratella, ainsi que le fortin des « Rocche di Sia », au-dessus de Porto.

Si Giovan Paolo traita avec munificence le couvent et les frati, il ne put le faire que pendant les cinq années qui suivirent la fondation. En effet, à dater de 1486, les soucis politiques et les revers militaires vont s’acharner sur le seigneur en guerre contre l’Office de Saint-Georges. Dès le début des hostilités, le seigneur avait fait cacher dans le jardin du couvent de nombreuses pièces d’argenterie (18 tasses, 3 louches, une coupe, 2 « corone », 12 cuillers, selon le testament  du seigneur daté de 1487) ainsi que 2 000 ducats, aux dires du chroniqueur Monteggiani. Seuls deux religieux avaient été mis dans la confidence. Leurs fréquentes visites censées répondre aux besoins spirituels des assiégés éveillèrent les soupçons des commissaires des troupes génoises. Les deux frères arrêtés, mis à la question, firent des aveux. Deux milles livres- poids d’argenterie et 1 200 lires en espèces furent saisies. Assiégé, vaincu, Giovan Paolo négocia sa reddition, mettant entre autre pour préalable la restitution intégrale de son trésor saisi au couvent. L’avenir de ceux qui furent partisans ou protégés du seigneur sera pour longtemps compromis. Au cours de l’été 1489, la population de Sorru in Su sera chassée, le pays  dévasté, ruiné, le village d’Arbori, à mi - distance du castaldu et du couvent, sera brûlé puis arasé.

Privés du bénéfice des quêtes, les religieux durent connaître de longues heures difficiles et chercher leur survie dans le jardinage, l’arboriculture et l’élevage.

I – 2  Le couvent franciscain (1481-1626)

Jusqu’au XVIe siècle les implantations franciscaines de Corse échappèrent  à tout parti architectural spécifique. C’était  de simples « lieux de vie » réunissant autour d’un oratoire de petits bâtiments, identiques à ceux des habitants les plus humbles de la région.

A Paratella, trois ou quatre « case » ou maisonnettes suffirent à abriter durant  l’hiver 1481-1482 un père-gardien et  deux frères non-prêtres. Ces humbles habitations, aux murs de moellons de granit jointoyés à l’argile, au sol en terre battue, aux toits couverts de bardeaux en châtaignier, se trouvaient à proximité d’une petite chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue, le plus populaire, en Corse,  des disciples de saint François d’Assise.

Au cours du XVIe siècle, la communauté de religieux s’accrut. De nouvelles constructions furent élevées pour répondre à ses besoins, une  modeste église dédiée à saint François  érigée en remplacement de la chapelle saint Antoine de Padoue, en ruines. En 1589, cet édifice, au couvrement charpenté et au sol en terre battue, était toujours dans un état d’extrême dénuement.    

  Les  Frères Mineurs de l’Observance avaient des contacts suivis avec les populations à l’extérieur du couvent. Ils étaient au service du peuple, participaient à son édification  par leur zèle apostolique, leur dévouement et le  témoignage de leur vie religieuse, comme l’atteste  une supplique adressée au pape le 24 aout 1603.

I – 3  Le nouveau couvent à l’italienne (1627-1785)

Alors que leur rayonnement ne cessait de croître,  les bâtiments, «  vrai miroir de pauvreté », demeuraient dans un grand état de vétusté. Leur renouvellement s’imposait.

En 1627, un nouveau couvent, structuré architecturalement, adapté à une vie de communauté, fut mis en chantier, les habitants des localités voisines apportant leur aide à ce projet par des souscriptions et des journées de travail offertes. Il donna lieu  à deux campagnes principales de travaux.

 De 1627 à 1710, l’église fut remaniée et embellie. Une aile attenante à l’église, comportant, au rez-de-chaussée, un cellier, une cuisine, le réfectoire et des commodités et, à l’étage, les cellules des religieux et le chauffoir, fut  édifiée. Elle  communiquait avec le chœur, à l’arrière du maître-autel, facilitant ainsi son accès direct aux religieux   pour la récitation de leurs offices.

 De 1710 à 1785,  avec la transformation du couvent en « studium » ou maison de formation, cet ensemble fut complété par l’élévation d’une nouvelle aile nord-sud. Les bâtiments conventuels, permettant d’accueillir une vingtaine de personnes, définissaient un plan en U avec l’église, elle-même l’objet de nouveaux travaux d’embellissement.

En raison des méfaits du temps et de la tourmente révolutionnaire,  seules certaines œuvres ornant l’église au cours de la période susdite sont parvenues jusqu’à nous : un grand Christ en croix en bois peint polychrome,  dit « U franciscone », relevant du gothique international tardif, le tabernacle du maître autel, en marqueterie de marbre, daté de 1698, une statue de saint Antoine de Padoue avec l’Enfant Jésus, en bois peint polychrome, de la seconde moitié du XVIIe  siècle,  un chasublier en bois sculpté et mouluré, daté de 1664.

Ont entre autre disparu une chaire à prêcher et un orgue de chœur exécuté en 1773 par le facteur d’orgue génois Giovanna Battista  Ciurlino.

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